Première période
Rouennaise (1734-1775)

Sinceny, capitale axonaise de la faïence

Sinceny est un gros village admirablement situé sur une colline qui domine la vallée de l’Oise, à une petite lieue de Chauny.

L’industrie céramique y fut importante jusqu’à la fin du 19ème siècle, le Docteur Warmont nous rappelant dans un écrit de 1864 qu’il existait encore, à cette époque, 3 manufactures de faïence, ainsi qu’une fabrique de porcelaine.

Les produits de cette industrie, très répandus dans la région et les régions voisines, ont été longtemps laissés dans l’oubli en raison de l’analogie qu’ils présentent avec les produits d’usines plus célèbres, car l’usine de Sinceny a imité, comme tant d’autres à ses débuts, la faïence très prisée de Rouen.

Les argiles plastiques de Sinceny, abondantes, ont dû donner très tôt l’idée d’y établir des fabriques de poterie. Il est vraisemblable que les Romains, installés dans la région, les utilisaient déjà.

 

Jean-Baptiste Fayard installe la Manufacture Royale de Sinceny

Des argiles propres à la fabrication de la faïence furent découvertes en 1733, sur les terres de Jean-Baptiste de Fayard, Gouverneur de Chauny et châtelain de Sinceny. C’est ainsi que fut établie, en 1737(2), la première manufacture de faïence de Sinceny.

Il semble pourtant que les premiers essais de fabrication datent de 1734 ; en témoigne une assiette portant l’inscription suivante : Mathieu Deurlon dy brin Damour 1734.  Cette assiette n’est pas signée, mais une autre faïence, similaire à celle-ci, porte au revers un .S. en bleu entre deux points. Le Dr Warmont, qui a vu ces assiettes, écrit : « Tout cela est bien dessiné, de bon goût et très supérieur, comme style, au Rouen de 1737 ».

 

Les Rouennais à Sinceny

Poudrière à sucre de Sinceny

M. de Fayard fit venir des ouvriers, des dessinateurs et des peintres, établit les fourneaux et les laboratoires nécessaires pour mouler et tourner toute sorte de vases. Un témoignage nous apprend que « trente familles étaient venues de Rouen s’établir à Sinceny ».

Si le décor des premières faïences étaient en camaïeu bleu, on en vint rapidement au décor à lambrequins, dans lequel le dessin bleu est rehaussé d’un trait le plus souvent rouge, mais aussi à l’occasion de vert et de jaune.

Une poudrière à sucre (voir photo) trouvée dans le lieu même où elle a été fabriquée est un exemple typique des décors de la période rouennaise.

Viennent ensuite des sujets empruntés à la céramique chinoise, éternelle et inépuisable source d’inspiration. Ce sont des paysages à fabriques avec personnages, des promenades en barque sur des eaux où croissent des plantes aquatiques, des courses sur des montures étranges.

Ce genre sino-rouennais a fourni quelques pièces remarquables où les personnages et les paysages sont d’une délicatesse remarquable.

 

L’utilisation du poncif

Poncif

Le Poncif

Poncif : la réalisation

La réalisation

Il est permis de supposer qu’elles ont été réalisées à partir du procédé du poncif(3) car l’on retrouve parfois le même paysage sur les quatre faces de jardinières, ce qui démontre l’utilisation de cette technique dès les premiers temps.

Les perruches et les papillons, une fois à la mode, se retrouvent sous les pinceaux des peintres de Sinceny, de même que les branches et guirlandes de fleurs.

Souvent, des scènes de la vie familière sont reproduites sur des brocs, ou objets usuels ou décoratifs. Les brocs (à cidre) étaient le plus souvent des pièces de parade pour circonstances exceptionnelles.

 

La marque de fabrique

Signatures de Sinceny

Certaines pièces portent au revers la marque de fabrique, le .S. en bleu entre deux points. Un encrier, portant la marque singulière «Sincheny  », rare signature, est sûrement antérieur à 1745, car c’est l’année où cette orthographe disparaît des actes officiels.

La faïence de Sinceny, réputée pour sa résistance au feu, est pourtant sujette à l’écaillage, en raison, sans doute, de la qualité des argiles de la localité.

Dans les fabrications remarquables de cette époque, citons des brocs à cidre gigantesques, des pots à boire à forme humaine appelésbacchus , représentant un homme assis sur un tonneau, coiffé d’un tricorne, tenant de la main droite une bouteille, de la gauche un verre ; ses traits, épanouis par l’ivresse, expriment la béatitude. Autre ustensile moins connu, un chauffe-mains à eau en forme de livre orné de guirlandes de fleurs.

 

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(1 Docteur A. WARMONT, membre du Comité Archéologique de Noyon

(2)Une pétition adressée au Comité révolutionnaire par J.M.L. Fayard précise : "Depuis 1737, il est propriétaire par succession d'une manufacture de fayence, ...", ce qui accrédite la création de la fabrique en 1737 plutôt q'en 1735 comme l'écrit le Dr Walmont.

(3) Poncif : modèle piqué dont on se sert avec de la ponce ou poncette pour marquer des dessins sur la faïence

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