Troisième période
Décadence des faïenceries d’art 1789 - 1864
La concurrence de la porcelaine et de la faïence fine marque la fin de la période créative qui vit Sinceny s’imposer chez les marchands de poterie.
La faïence au feu de réverbère ou petit feu(4), trop coûteuse, est attaquée par le « grès anglais », nouveau procédé de fabrication venu d’Angleterre que les manufactures de Douai maîtrisent les premiers.
Cette concurrence oblige alors Sinceny à se borner à la fabrication de faïence blanche, sans décor. Néanmoins, quelques pièces faites sur commande sont encore égayées de dessins, mais le style disparaît. Un plat à barbe, avec l’inscription -- Desbanc, garde à Coucy — et portant la date 1785, est pourtant de bonne facture.
La décadence
Les symptômes de décadence touchent toutes les manufactures françaises, et l’art est remplacé par la lettre écrite, les faïences devenant journaux ou pamphlets. Même si Sinceny est moins bavard que Nevers, on voit sur sa production les fastidieuses devises : Verse à boire à tes amis , ou encore : Ma femme, remplis le pot, ou je le casse, ainsi que d’autres dictons populaires.
Peu d’assiettes portent des emblèmes révolutionnaires car, rappelons-le, le propriétaire de la manufacture était noble, ce qui lui valut d’être arrêté pendant la terreur. Il ne fut tiré d’affaires que par le soutien des habitants de Sinceny.
Cette époque voit la fabrique produire quelques pièces dont les décors s’inspirent des allégories très à la mode pendant le Consulat. Ces décors fins de camaïeu bleu représentent des flambeaux, des balances de Thémis, et autres symboles prisés alors.
La fin annoncée de la fabrique
Le déclin des faïences de Sinceny est inexorablement entamé, et la manufacture sera vendue par adjudication judiciaire le dimanche 3 juillet 1864. L’affiche de la vente rappelait : C’est de sa fabrication que proviennent les anciennes faïences de Sinceny, aujourd’hui très recherchées par les vrais amateurs.
Après quelques tentatives de relance de la fabrique, celle-ci est définitivement fermée en 1866, soit après 130 ans d’une production inégale, dont les plus belles pièces sont aujourd’hui conservées dans les châteaux et musées de France, mais également chez des collectionneurs avertis.
(4) Four de réverbère (ou four de moufle) : petit four à double chambre dans lequel la cuisson se fait à 600/700°.
